« La Compassion est une responsabilité »

Intervention de Natacha Mugisi Tchitembo lors du weekend Action et Contemplation organisé par House of Compassion au Rock-in-Squat.

Chers membres de House of Compassion,
Chers participants,
Chers frères et sœurs,
Je vous remercie pour l’invitation qui m’est faite aujourd’hui.
Votre institution porte un nom fort : House of Compassion,
Une maison, et une compassion.
Deux mots qui, pour nous, femmes sans papiers, ne sont pas des concepts, mais des besoins vitaux.

Dans la tradition chrétienne, la compassion n’est pas une émotion, c’est une responsabilité.
Aujourd’hui, je viens vous parler au nom du Comité des Femmes sans-papiers dont je suis l’une des porte-paroles,
Au nom du collectif L’Écho de la Voix dont je suis la fondatrice,
Au nom de l’occupation La Grâce Divine dont je suis l’initiatrice du projet et la coordinatrice,
Et de toutes celles que l’on ne voit pas, mais que Dieu, lui, n’a jamais cessé de voir.

La réalité vécue des femmes sans-papiers :
Une question de dignité humaine
L’Église nous rappelle que
toute personne est créée à l’image de Dieu.
Et pourtant, dans nos sociétés,
des femmes et des enfants vivent sans reconnaissance,
sans sécurité,
sans droits.

Être une femme sans-papiers,
c’est vivre dans la peur quotidienne :
peur du contrôle,
peur de la dénonciation,
peur de l’expulsion.

Socialement,
nous travaillons souvent dans des secteurs essentiels,
mais invisibles :
le soin, le nettoyage, l’accompagnement.

Culturellement,
nous sommes réduites au silence.
Nos voix ne sont pas jugées légitimes.

Politiquement,
nous sommes absentes des espaces de décision,
alors même que les décisions nous affectent directement.

Cette réalité n’est pas seulement sociale.
Elle est morale.
Elle est spirituelle.

La parole comme chemin de libération
Dans la Bible,
Dieu commence toujours par entendre le cri.
« J’ai vu la misère de mon peuple,
J’ai entendu son cri. »
(Exode 3,7)

Nous aussi, nous avons crié.
Mais longtemps, personne n’écoutait.
C’est pourquoi nous avons choisi de prendre la parole collectivement.
La parole est devenue pour nous un acte de libération,
un acte de foi,
un acte de résistance non violente.

Les Invisibles :
Quand le chant devient prière et protestation
C’est ainsi qu’est née la chorale du Comité :
Les Invisibles

Dans la tradition chrétienne,
le chant est une prière.
Mais c’est aussi une proclamation.
Nos chants sont des psaumes contemporains.
Ils parlent de l’exil,
de l’attente,
de l’espérance.

Quand nous chantons dans l’espace public, nous faisons ce que faisaient les prophètes : nous rappelons à la société ses responsabilités.

L’art et la conscience : la candidature sans-papiers
Notre chemin a croisé celui de l’artiste Anna Rispoli.
Avec elle,
nous avons participé à une action forte :
la candidature symbolique
d’une femme sans-papiers
dont j’incarnais le rôle
« La bourgmestre de la vingtième commune » lors des élections communales.

Cette action posait une question profondément éthique :
Peut-on parler de justice lorsqu’une partie de la population n’a aucune voix politique ?

Ce geste artistique a ouvert un espace de réflexion,
non pas contre les institutions,
mais pour réveiller les consciences.

Nous avons également écrit un mémorandum dans lequel vous pouvez retrouver nos différentes revendications.

Une maison pour les femmes et les enfants : La Grâce Divine
Dans ma tradition chrétienne,
la maison est un lieu sacré.

Face à la précarité des femmes du Comité
et de leurs enfants,
est née l’idée de créer un espace d’accueil, de sécurité et de reconstruction.
C’est ainsi qu’a vu le jour La Grâce Divine.

Ce nom exprime notre conviction profonde :
la dignité ne se mérite pas,
elle est donnée par Dieu.

L’Écho de la Voix : Faire résonner l’Invisible dans les institutions
Le collectif L’Écho de la Voix est né pour que nos paroles ne restent pas enfermées.
Un écho,
c’est une voix qui traverse les murs.

C’est dans cet esprit que nous avons
rencontré sept bourgmestres,
non pas dans une logique de confrontation,
mais de dialogue responsable.

Nous leur avons présenté un projet clair :
– le besoin d’un bâtiment,
– un lieu digne,
– un espace d’humanité partagée.

Conclusion
Un appel à la compassion active
Je terminerai par un appel.
La compassion n’est pas seulement un sentiment.
C’est un engagement.

Aujourd’hui,
nous ne demandons pas à l’Église de parler à notre place.
Nous demandons qu’elle marche avec nous.

Parce que chaque femme invisible est une sœur.
Parce que chaque enfant sans sécurité est un enfant de Dieu.

Nous sommes là.
Nous existons.
Et nous continuerons à faire entendre l’écho de la voix.

Je vous remercie.

Photo de la chorale du comité des femmes sans-papiers lors de la clôture des journées de réflexion « action et contemplation » organisée par House of Compassion le 9 et 10 janvier 2026 à Rock-in-Squat

Message de Noël du père Daniel Alliët

On ne met pas un enfant à la rue. Point !!!

Pendant que j’écris ceci, cette phrase est bien visible sur la pancarte que la “Géante de la Dignité des Personnes Sans Séjour Légal” tient devant elle à House of Compassion (alias l’église du Béguinage). Et cela à côté de trois tentes où vivent des familles avec au total huit* enfants… mis à la rue par la nouvelle loi du 01/08/2025 qui stipule que ceux qui ont déjà obtenu l’asile ailleurs ne peuvent plus être accueillis ici, même pas durant une procédure de demande d’asile… pas même s’ils viennent de Grèce, pas même quand on sait que l’État belge a déjà été condamné des dizaines de fois pour avoir renvoyé des personnes vers la Grèce et ses conditions d’accueil indignes. On se dit fier d’avoir signé la Convention relative aux droits de l’enfant, mais on refuse d’appliquer les décisions des juges qui interdisent de renvoyer ces enfants/familles vers la Grèce… Un peu comme cette politicienne qui déclarait dans l’émission De Afspraak que nous, pays occidentaux, ne devrions pas être trop modestes, mais même fiers d’avoir voté en 1948 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme… sans se rappeler que tous ces pays occidentaux qui avaient encore des colonies à l’époque ont continué, après 1948, à dépenser des milliards pour les garder le plus longtemps possible (au nom des… Droits de l’Homme ?), et que certaines puissances coloniales ont encore tué des milliers de personnes (cf. les Pays-Bas : 300 000 morts ; et à Paris, le 17 octobre 1961, 100 Algériens protestataires jetés dans la Seine).


Photo Geneviève Frère : Début de l’action « Pas d’enfants dans la rue. Point ! » à House of Compassion

Il y a quelques années, nous avons protesté pendant de longs mois avec la pancarte : « On n’enferme pas un enfant. Point. », jusqu’à ce que cela cesse. Aujourd’hui, il faut le slogan : « On ne met pas un enfant à la rue. »… Question de “progrès” (sic) ?… sur la pente glissante de la politique migratoire ?!? Autrefois, il y avait les matchs de football passionnés Belgique–Pays-Bas, pour marquer le plus de buts. Aujourd’hui, c’est la concurrence Belgique–Pays-Bas en matière de politique migratoire… pour obtenir le plus mauvais score… et ainsi dire au monde/aux candidats réfugiés : non, ici vous n’êtes pas les bienvenus.

Mais en réalité, il n’a pas fallu attendre cette nouvelle loi du 1er août pour voir des enfants à la rue. Dans De Standaard du 13/11/2025, on pouvait lire : durant les dix mois et demi de 2025, 150 bébés ont déjà été accueillis par Samusocial, et entre le 1/9 et le 12/11/2025, Samusocial a dû mettre 2 164 personnes (soit 613 familles) à la rue faute de place ; début septembre, même une famille avec un bébé de 18 mois, et une autre semaine de septembre, 100 personnes sans hébergement (dont 30 enfants !). « Dans un État-providence, on ne peut quand même pas accepter que des mères avec de jeunes enfants et même des bébés se retrouvent à la rue », dit la directrice Sarah de Limanchine… mais CELA ARRIVE bel et bien ! Et ce même mois, le gouvernement fédéral a annoncé qu’avec sa politique d’austérité, il ne participerait plus au financement de l’accueil hivernal dans les grandes villes, laissant Bruxelles devoir s’en sortir sans cette aide… y compris pour de nombreux “réfugiés intérieurs/pauvres” venant de l’intérieur du pays et échouant dans les rues de Bruxelles.

Nous fêtons Noël… un enfant/une famille à la rue. Et nous jurons, en quelque sorte : cela ne peut pas arriver, à Noël un enfant/une famille à la rue. Non, cela ne peut pas, cela ne doit jamais arriver : une famille à la rue, même en dehors de Noël. MERCI pour ce que vous faites afin que cela ne doive pas se produire.

Un Joyeux Noël et une Bonne Année 2026

Daniel Alliet

*3 enfants de moins de 10 ans sont encore aujourd’hui à House of Compassion, nous espérons toujours pour eux une place dans un centre


Photo : Geneviève Frère : Opération « sac de couchage » devant le Palais de Justice avec Amnesty, Vluchtelingwerk Vlaanderen, Plateforme Bel Refugee et House of Compassion (ainsi que la participation des membres de la Paulusgemeenschap).

 

Action pour un accueil digne

 13 novembre 2025 – Palais de Justice – Discours d’Eva

Bonjour à toutes et à tous. Merci d’être ici, si tôt, et dans le froid. Je suis Eva d’Amnesty, et il y a des années, je suis moi-même arrivée en Belgique comme réfugiée, à la recherche de sécurité. Malgré cette matinée glaciale, je ressens surtout la chaleur de votre présence et de votre solidarité.

Aujourd’hui je ne suis pas ici seule, mais comme partie prenante de quelque chose de plus grand : une communauté qui refuse d’oublier ce que signifie l’humanité. Nous sommes ici avec Vluchtelingenwerk Vlaanderen, Amnesty International, Ciré, BelRefugees et House of Compassion, ainsi qu’avec de nombreux citoyens préoccupés.

Pourquoi sommes-nous ici, devant le Palais de Justice, avec nos sacs de couchage à la main ? Pour agir en faveur d’un accueil digne. Parce que près de 1.800 personnes en quête de protection doivent aujourd’hui littéralement dormir dans la rue. Parce que même des familles avec enfants sont laissées dehors par les autorités.

Nous déroulons nos sacs de couchage sur le trottoir du Palais de Justice pour envoyer un signal silencieux mais puissant à notre gouvernement. Pour montrer : voilà ce qui se passe quand le droit n’a plus de place. Ensemble, nous montrons que nous ne sommes pas d’accord avec une politique qui laisse des personnes en fuite dormir dehors, exposées au vent et à la pluie. Car l’accueil n’est pas une faveur, c’est un droit.

Que signifie recevoir un accueil ? L’accueil est plus qu’un endroit où dormir : c’est une première étape vers le repos, la sécurité et la stabilité. Celui qui n’a pas d’accueil perd plus qu’un lit et des services de base comme la nourriture et les soins de santé. Cette personne perd la chance de revivre. Sans lieu sûr, il ne reste que la survie, et les gens sont contraints de dormir sous des ponts, dans des gares, dans des squats. Cela signifie insécurité, problèmes de santé et désespoir. Et cela, dans une ville qui ferme les yeux, au cœur de l’Europe.

Ce qui était autrefois une pénurie temporaire, notre gouvernement l’a laissé se transformer en une politique déshumanisante. La situation risque de s’aggraver cet hiver. À Bruxelles, le plan hivernal annuel est activé le 15 novembre. Mais justement au moment où les températures chutent, le gouvernement fédéral a supprimé le financement de l’accueil hivernal.

Alors que les organisations de la société civile sont à bout de souffle, le gouvernement refuse d’investir dans des solutions structurelles. C’est un choix politique. Et les choix politiques peuvent changer. C’est pourquoi je m’adresse maintenant directement à notre gouvernement avec trois revendications :

  1. Accueil pour tous : chacun doit avoir un toit cet hiver.
  2. Rétablissement des budgets pour l’accueil hivernal : donnez aux villes et aux organisations les moyens de protéger des vies. À Bruxelles et à Gand en particulier, l’accueil local doit être suffisamment soutenu.
  3. Respect de la loi : plus de 10.000 fois déjà, des juges en Belgique ont ordonné au gouvernement de respecter le droit à l’accueil. Ceux qui y ont droit doivent effectivement le recevoir.

Aujourd’hui, nous déroulons symboliquement nos sacs de couchage pour montrer ce qui se passe quand le gouvernement se décharge de sa responsabilité. Mais nous refusons d’accepter que cela devienne la nouvelle norme. Nous sommes ici pour rappeler les lois qui existent déjà, les droits qui valent pour tous. Le droit n’a de sens que s’il vaut pour chacun. Et chacun mérite un accueil digne.

Merci à toutes celles et ceux qui sont ici aujourd’hui : citoyens, avocats, travailleurs de terrain, personnes ayant un parcours de réfugié. Vous êtes la preuve que la solidarité vit dans notre pays. Ensemble, nous exigeons que la Belgique ne laisse personne dans le froid.

Avant de passer la parole, je propose que nous réveillions Bruxelles avec notre message. Scandons fort et clair ! Que voulons-nous ? ACCUEIL ! Quand ? MAINTENANT !

Merci à vous !

Discours par Eva Davidova, porte-parole d’Amnesty International Flandre et administratrice de Vluchtelingenwerk Vlaanderen

Informations complémentaires

L’action du 13 novembre 2025 au Palais de Justice de Bruxelles est la première d’une série d’actions que la société civile organisera cet automne :

  • Le 14 novembre, avocats et magistrats mèneront une action au Palais de Justice car « La justice étouffe ».
  • Le 17 novembre, lancement d’une campagne par Samusocial et la Ligue des Familles : Jamais un enfant dans la rue.
  • Le 5 décembre, à la veille de la Saint-Nicolas, plusieurs bénévoles mèneront une action dans leur commune avec le message : #AucunEnfantDansLaRue.

Partenaires de la société civile : collaboration entre Vluchtelingenwerk Vlaanderen, Amnesty International, Ciré, BelRefugees et House of Compassion. Avec le soutien d’organisations telles que Médecins du Monde et La Ligue.

Photo : Geneviève Frère

Un geste qui résonne

« Hier, c’était mon tour à l’église du Béguinage. Quelques personnes sans-abri sont entrées et se sont dirigées vers l’exposition sur Gaza [autour du Sacré-Cœur de Jésus]. Là, ils ont embrassé les poupées représentant les enfants morts. » — Pieter, bénévole à House of Compassion
Ce geste silencieux, bouleversant, fait écho à d’autres gestes portés ailleurs.
Il y a quelques semaines, nous avons accueilli les Catholic Workers d’Amsterdam. Leur présence a créé un lien précieux entre nos engagements à Bruxelles et les leurs à Amsterdam. C’est à cette occasion que nous avons découvert leurs processions de deuil et de résistance, où les poupées deviennent des enfants, et les statistiques des visages. (Lire le témoignage d’Ilmira https://korrelzout.noelhuis.nl/…/wie-zwijgt-stemt-toe/)
Tout près de House of Compassion, chaque dimanche après la messe de 11h, la communauté De Goede Bijstand sort pour une procession silencieuse pour Gaza. Ce dimanche 10 août, ce sera déjà la treizième procession. Treize fois qu’ils marchent, en silence.
Caption: Geneviève Frère

Sabine, géante de la dignité. Première sortie. Vers la place Schuman.

Le 15 juillet 2025, Sabine a accompli son premier voyage à l’étranger. Une visite au cœur de l’Europe, à la place Schuman à Bruxelles. Elle trépignait d’impatience depuis un moment dans l’église du Béguinage. Elle veut faire honneur à son nom et à sa stature : « Géante de la Dignité ».

À la mi-juin, elle avait assisté à la « Faim pour la Justice en Palestine » de cinq jours au House of Compassion. Disons plutôt « Faim pour la dignité de chaque habitant de Gaza ». La dignité de chaque personne, avec ou sans papiers. C’est cela qu’elle représente.

Cette dignité est bafouée en Israël. Le monde entier le voit et le sait. Gaza est devenue un champ de ruines. Beaucoup de ruines, peu d’espoir. Des milliers de personnes ont été tuées. Dans les bâtiments de la place Schuman, les dirigeants européens n’arrivent pas à s’entendre pour imposer des sanctions à Israël. Ni pour suspendre l’accord d’association. Gaza n’est pas l’Ukraine. Qui avait dit déjà : « It’s the economy, stupid! » ? Mais les gens ordinaires pensent autrement. Aujourd’hui, quelques centaines d’entre eux le montrent sur la place Schuman. Sabine y sera aussi. Avec nous.

Tout commence tôt le matin. Éric s’est levé aux aurores pour imprimer l’article 2 de la Constitution européenne et le coller sur des panneaux en carton. Cet article parle des valeurs fondamentales sur lesquelles l’UE fonde ses politiques : respect de la dignité humaine, droits de l’homme, liberté, démocratie, égalité et justice. C’est écrit sur du papier. Le papier est patient.

Dans les mains de Sabine, Various a fixé un drapeau portant ce même article. On lui attache aussi d’autres slogans sur le corps. Il manque des épingles, mais on y arrive. Elle est prête au départ.

Éric se glisse sous sa jupe. Juste cette fois, c’est permis. Rien de mal à cela. Et elle se met en marche. Daniël, Marcel, Stéphane, Jean-Claude, Luc, Olympia, Mia, Hilde, Walbert et Omar l’accompagnent. Tout roule — littéralement. Du moins pour elle. Ceux qui l’accompagnent ne roulent pas mais marchent, tirent les cordes à l’avant pour la faire monter, et à l’arrière pour la freiner en descente. Même Bruxelles est une ville vallonnée pour les géantes. Mais elle ne s’en soucie pas.

Arriverons-nous assez loin ? On se le demande. Les forces de l’ordre ne sont pas toujours enthousiastes pour ce genre d’événements. Nous avançons et passons la place De Brouckère, devant deux agents. Ils regardent sans intervenir. Puis nous grimpons par la rue des Chevaliers, passons la cathédrale jusqu’au croisement avec la rue de la Loi et la place Royale.

Une camionnette de police s’arrête. Les abords du Palais royal et du Parlement sont une zone neutre. Aucune manifestation n’est tolérée. Pas même des panneaux en carton avec l’article 2. Le chef de corps est appelé pour avis. Mais une géante digne sur roulettes entourée de quelques militants non violents de plus de 65 ans ne constitue apparemment pas une menace pour l’État belge. Tout au plus un peu d’agitation. Espérons-le.

Le cortège poursuit sa route par la rue Brederode, la rue du Trône, la rue de la Loi jusqu’à la place Schuman. Nous y voilà !

Voici Sabine !! Dans toute sa dignité, au milieu du groupe de manifestants, dominant de la tête. Drapeaux palestiniens, keffiehs, banderoles et pancartes colorent les lieux. On scande des slogans. Discours et témoignages s’enchaînent. Elle attire les regards.

« Qui est-ce ? Que fait-elle ici ? » Les mêmes questions, avec toujours la même réponse : « C’est l’une des cent géants de Bruxelles. Elle vient de l’église du Béguinage, du House of Compassion, et représente, comme chaque géant ou géante, un groupe de la population. Elle-même a été ‘étrangère’ — autrefois ? — et représente les étrangers, migrants et réfugiés, avec ou sans papiers. Et elle lutte pour leur dignité. Pour la dignité de chaque être humain. Et donc aussi pour celle des Gazaouis et des Palestiniens. C’est pour cela qu’elle manifeste aujourd’hui. Même si elle est un peu plus grande que nous. »

« OK, c’est chouette ! » « Courage ! » Voilà. On sait maintenant.

Plus tard dans l’après-midi, elle est rentrée saine et sauve. Une autre camionnette de police l’a gentiment accompagnée sur une partie du chemin, lui indiquant une route sûre, hors de la zone neutre. En chemin, elle a dû baisser la tête deux fois — non pas devant les forces de l’ordre, mais à cause d’une branche basse et d’un câble électrique. À l’arrivée, elle a retrouvé sa tête au bon endroit. Comme souvent quand on rentre chez soi. Seule sa coiffure en a un peu souffert. Peut-être que sa jumelle, coiffeuse de métier, pourra l’aider. Entre femmes, on sait s’y prendre.

Elle rayonne à nouveau à son poste habituel au House of Compassion. Et attend — avec un peu d’impatience — de pouvoir ressortir.

✍️ Jan Reynebeau

📸 Crédit photo : Stéphane Lagasse

Digitopia - dossier exclusion digitale

Digitopia.. et qui ne suit pas?

Auteur: Karel Verhoeven

Intervenants:

  • Paul Laurent de l’Espace Publique Numérique (EPN) à Schaarbeek
  • Barbara Goethals du Brussels Platform Armoede
  • Daniël Flincke de Lire et Ecrire asbl

Paul Laurent a souligné que chaque habitant de Schaerbeek peut se rendre dans un Espace Publique Numérique pour se connecter à l’internet. Si nécessaire, on leur montrera, de manière peu contraignante, comment effectuer des démarches administratives par voie numérique, par exemple.

Paul et deux témoins de Schaerbeek parlent de seuils, d’impuissance, de désespoir, d’isolement social mais aussi de confiance en soi retrouvée, de confidentialité attendue, d’entraide.

Le public de l’Espace Publique Numérique est très varié.

Voir aussi: https://www.cpas-schaerbeek.brussels/inscrivez-vous-aux-ateliers-numerique-du-cyberogier/

Barbara Goethals van Brussels Platform Armoede belicht hoe toegang tot cultuur, vervoer, huisvesting, bijstand dienstverlening, steun of kortom rechten steeds meer verschuift van fysieke loketten naar digitale toegangspoorten. Maar ook hoe armoede impact heeft op verschillende levensdomeinen die onderling meestal negatief op elkaar inspelen waarbij digitalisering heeft op zijn beurt ook impact op alle levensdomeinen. Dit levert uitsluiting en hogere drempels op.

Het Brussels Platform Armoede en de acht Brusselse verenigingen waar mensen in armoede het woord nemen, werkten twee jaar lang rond digitale uitsluiting. Zij verzamelden getuigenissen, belichten drempels en uitdagingen, voeren actie en komen tot aanbevelingen en goede praktijken.

Barbara Goethals, de la Plate-forme Bruxelloise sur la Pauvreté, souligne que l’accès à la culture, au transport, au logement, aux services d’assistance, à l’aide ou, en bref, aux droits se déplace de plus en plus des guichets physiques vers les points d’accès numériques. Mais aussi comment la pauvreté a un impact sur différents domaines de la vie qui interagissent généralement de manière négative les uns avec les autres, alors que la numérisation a à son tour un impact sur tous les domaines de la vie. Il en résulte une exclusion et des seuils plus élevés.

La Plate-forme bruxelloise de lutte contre la pauvreté et les huit associations bruxelloises où les personnes en situation de pauvreté s’expriment ont travaillé pendant deux ans sur l’exclusion numérique. Elles ont recueilli des témoignages, mis en évidence les seuils et les défis, pris des mesures et formulé des recommandations et des bonnes pratiques.

Le rapport a pris la forme d’un site web attrayant et visuel, à consulter en version française et nééerlandaise.

Daniel Flinker de Lire et Écrire Brussel situe le problème du numérique dans une grande partie de la vie quotidienne. Le contact humain entre le service essentiel et l’utilisateur est réduit, voire éliminé. La perte d’autonomie et la non-réalisation des droits sont le corollaire de la numérisation imposée à la société. Après tout, la moitié de la population est numériquement vulnérable.

C’est ce contexte problématique d’une ordonnance capitale promulguée en 2022 pour obliger tous les services régionaux à être disponibles numériquement qui allume la mèche.

Ce projet catalyse le mécontentement face au « tout numérique ». Il est devenu un symbole d’association à la colère du monde associatif et de nombreux citoyens depuis deux ans. Ensemble, ils s’opposent à toujours plus de numérique et défendent la préservation des guichets physiques. Contre les ambitions numériques de l’administration régionale, ils se dressent avec une palette de militantisme démocratique. Il s’agit de publications, de lettres ouvertes, de lettres, de milliers d’e-mails, d’affiches, de débats, de manifestations…

Pourtant, cette ordonnance bruxelloise est entrée en vigueur. Malgré une forte mobilisation de la société civile, l’ordonnance ne garantit pas le maintien de guichets de qualité régionaux et communaux accessibles et de services téléphoniques accessibles.

Fait remarquable, chaque phase de la campagne a contraint les autorités à réviser et à faire évoluer l’ordonnance. Entre le projet et le texte final, des avancées significatives ont été obtenues grâce à la pression des citoyens.

En fait, l’opposition à l’ordonnance peut être considérée comme un point de basculement. Pendant des années, la numérisation sociale s’est faite sans discussion. En ce qui concerne les guichets, seules des promesses ont été faites. L’opposition à la numérisation bruxelloise a permis de jeter les bases idéologiques et organisationnelles pour inverser ces tendances. Les conditions semblent désormais réunies pour une amélioration concrète de l’accessibilité des services essentiels. Et sur la question du numérique, un véritable débat public s’est engagé. Il doit maintenant être mené à grande échelle pour donner collectivement sa place au numérique dans la société.

Dans les mois à venir, l’action « l’humain d’abord » sera relancée pour s’adresser à quatre niveaux de pouvoir par des actions adaptées.

  • Au niveau bruxellois (communal et régional), l’objectif est d’obliger les nouvelles majorités politiques à ouvrir réellement de nouveaux guichets. La lutte contre l’ordonnance numérique bruxelloise ne sera pas abandonnée. Les associations actives dans le mouvement se mettent au diapason et se dotent d’avocats. La décision d’introduire ou non une requête en annulation de cette mesure discriminatoire auprès de la Cour constitutionnelle sera prise avant la fin du mois d’août 2024.
  • Au niveau fédéral, un travail de lobbying auprès des élus est prévu. L’ambition est de faire inscrire le droit de ne pas utiliser internet dans la Constitution belge.
  • Enfin, au niveau européen, une action est lancée pour établir un moratoire contre la numérisation des services essentiels. Une lettre ouverte en six langues aux autorités européennes est en cours de rédaction à ce sujet. Des chercheurs de renommée internationale et des plateformes associatives européennes parrainent l’initiative. L’idée est qu’un maximum de professeurs et d’associations apposent leur nom sur le texte, qui serait ensuite publié sous forme de lettre ouverte dans des journaux de plusieurs pays européens. A terme, ce texte pourrait être transformé en une pétition que tous les citoyens pourraient soutenir.

Plus d’infos sur la campagne: https://lire-et-ecrire.be/Participez-a-la-campagne-l-humain-d-abord-en-2024

Chacun a droit à un logement décent – rapport de samedi 4 mai 2024

Auteur: S. Geldof —

L’article 3 du Code du logement de Bruxelles stipule que : « TOUTE PERSONNE A DROIT A UN LOGEMENT DÉCENT ».

et pourtant, dans la pratique, ce droit n’est pas respecté pour certains groupes, également appelés les « invisibles » : les sans-papiers, les personnes sortant de prison, les personnes expulsées de leur logement. Ils sont venus témoigner de leurs expériences. Un représentant du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH) était également présent et a réagi.

La Voix des Sans Papiers (VSP) se bat depuis 10 ans pour les droits du premier groupe cible. Les personnes dont la demande d’asile a été refusée n’ont aucun droit : si elles sont lésées, elles ne peuvent pas aller à la police, par exemple. Ce qui les rend évidemment très vulnérables. Et pourtant… depuis la loi Onkelinx de ’93, les communes peuvent réquisitionner des bâtiments vides pour y installer des sans-abri, ce qui est malheureusement rarement le cas. En 10 ans d’existence, VSP a déjà occupé 23 bâtiments, où ils sont à chaque fois expulsés. Pour eux, la régularisation basée sur des critères clairs et permanents est la solution pour sortir de cette situation intenable.

Rock in Squat est un autre collectif qui regroupe une centaine de sans-papiers, dont beaucoup de femmes seules et d’enfants. Ils forment un groupe hétérogène, ce qui fait leur force, expliquent Rim, Nezha et Emmerance. Actuellement, avec le soutien de la municipalité, ils sont hébergés dans un bâtiment de la Kroonlaan, mais ils devront bientôt céder la place à un centre d’accueil de Fedasil. Pour eux aussi, les expulsions et l’absence d’ancrage pèsent très lourd, tant sur le plan pratique (perte de papiers importants, par exemple) que sur le plan mental (les enfants sont arrachés à leur contexte scolaire). Ils demandent une solution durable, de la compassion de la part du peuple belge.

Loïc Manche, du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH), reconnaît que la loi Onkelinx fournit déjà le cadre juridique pour faire valoir le droit au logement et que la régularisation apporterait une solution durable.

Philippe Defeyt est cofondateur de la Plateforme Sortants de Prison, une asbl qui accompagne les sortants de prison dans leur recherche de logement, entre autres. Certains ont heureusement un réseau auquel ils peuvent s’adresser, d’autres pas du tout. Ils constatent dans la pratique que le système pénitentiaire actuel ne les prépare pas vraiment à cette situation. Souvent, ils n’ont pas de carte d’identité valide, on ne leur donne des médicaments que pour trois jours, et il n’est souvent pas clair, jusqu’au dernier moment, si quelqu’un peut être libéré plus tôt. La plateforme dispose de 4 à 5 logements pour l’hébergement temporaire et de 6 bénévoles. L’accompagnement commence idéalement un an à l’avance, afin de pouvoir se faire une idée des besoins de la personne. Plus précisément, ils les guident dans des questions pratiques telles que la signature de contrats avec des fournisseurs et l’accomplissement d’autres démarches administratives. Leur approche est toujours complémentaire aux autres formes d’assistance existantes.

Ils constatent surtout qu’il y a une pénurie de logements pour 1 personne – en effet, après une longue vie en communauté, ils ont envie d’avoir leur propre espace. Il y a une grande pénurie sur le marché et parfois des restrictions supplémentaires s’appliquent à ce groupe cible. Le soutien moral et humain que les bénévoles apportent est inestimable pour la réintégration dans la société !

Tam Blodiau du Front Anti-expulsions nous apprend qu’il existe 3 types d’expulsions : (1) les expulsions judiciaires (11 par jour à Bruxelles) pour arriérés de loyer (2) les expulsions administratives pour non-conformité du logement (3) les résiliations de bail pour cause de rénovation, après quoi le loyer double, voire triple, le rendant de facto inaccessible la personne qui y vivait. Les personnes expulsées peuvent être considérées comme des victimes de violences, c’est très radical, surtout si on est seul. Elles subissent également une forme de violence au tribunal, dans la manière dont elles sont traitées ou décrites. Le Front plaide donc contre les expulsions sans relogement (il faut en moyenne 11 mois pour qu’une personne retrouve un logement stable). Il rappelle également que la part des logements sociaux en Belgique est très inférieure à celle des pays voisins : 7 % contre 18 % en France (où l’on parle de crise) et 30 % aux Pays-Bas. Peut-on, en tant que société, tolérer qu’un droit fondamental comme celui au logement soit de facto dicté par le marché privé ?

De nombreuses personnes ne peuvent plus payer leur loyer. Loïc du RBDH fait référence à la grille des loyers de référence, qui indique si un bien est loué à un prix acceptable. Cependant, celle-ci est établie sur base des loyers effectifs et reflète donc le marché plutôt que de fixer une ligne directrice. Ils demandent une mesure plus correcte (qui ne soit pas dictée par l’offre et la demande). Ils notent également que, dans la jurisprudence relative aux litiges locatifs, il y a moins d’équilibre entre les parties que, par exemple, dans les tribunaux du travail où l’employé et l’employeur sont sur un pied d’égalité.

Lors de la séance de questions, il est suggéré de combiner les luttes sur les différents fronts afin qu’elles se renforcent mutuellement. Notre système social n’est pas vraiment en phase avec la réalité et, dans de nombreux domaines, il est même dysfonctionnel. Il est nécessaire de défendre les droits des invisibles de façon globale. En effet, cette rencontre a donné un aperçu clair du vécu des personnes impliquées et des pistes d’amélioration possibles.

 

Ensuite, tout le monde a pu rejoindre la longue table pour déguster une bonne soupe fraîche, du pain et des garnitures. Les personnes avec ou sans papiers rassemblées autour de la même table, pouvaient échanger leurs impressions et leurs idées.

 

Chacun compte! Compte rendu du 2/3/2023

Auteur: L. Valgaeren —

Le samedi 2 mars a eu lieu la première d’une série de « rencontres » sur le thème de la « Connexion », plus précisément sur le slogan « Parce que tout le monde compte ! L’extrême droite, non merci !

Mark Michiels, coördinateur de Louis-Paul Boon-kring

qui est également actif à Bruxelles, a commencé par donner un bref aperçu de la campagne autour de l’extrême droite. Celle-ci remonte à la fin des années 1990, lorsque le Vlaams Blok s’est fait connaître en présentant la candidature du commissaire De Mol, de Schaerbeek, à Bruxelles. Ce fait a alors déclenché une action de la part de quelque 250 associations qui ont déposé des journaux contre le Vlaams Blok dans les boîtes aux lettres de Bruxelles.

Entre-temps, nous sommes en mars 2024 et le Vlaams Belang atteindrait 28% des électeurs selon de récents sondages. Cette perspective, entre autres, a incité plusieurs organisations à lancer une campagne intitulée « Het verborgen gelaat » (La face cachée). Cette campagne vise à sensibiliser le public aux objectifs cachés de l’extrême droite et à inciter les électeurs à ne pas voter pour les partis extrêmes à l’automne.

Mark Michiels a évoqué, à titre d’exemple, les décisions politiques prises récemment par le gouvernement Meloni en Italie, qui menacent clairement la démocratie dans ce pays et, en particulier, les droits des personnes qui y sont déjà en difficulté.

Si nous ne voulons pas laisser les choses aller aussi loin chez nous et ne pas pousser encore plus dans l’abîme les personnes qui doivent déjà vivre dans des conditions difficiles (par exemple en matière de logement, d’énergie, de travail, de soins de santé), il est urgent d’agir.

Le modèle préconisé par la campagne « La face cachée » est le dialogue : se parler, s’écouter, réfléchir ensemble et éventuellement agir. Pour ce faire, toutes sortes de supports ont été créés, comme un journal, un programme de formation de deux matinées dans différents lieux, un jeu de société et divers projets culturels sont mis en place, notamment avec des poètes.

Le jeu de société a été spécialement conçu pour engager le dialogue avec des personnes ayant des opinions différentes et, dans la mesure du possible, pour faire bouger les choses ensemble. En fait, le jeu a été brièvement testé avec les participants et a donné l’animosité nécessaire à l’événement.

 

Christijn Terlingen, coördinateur de Hart Boven Hard  a présenté ce mouvement. Il se présente depuis 2014 comme un mouvement du peuple, par le peuple et pour le peuple, comme une démocratie de base en quelque sorte. Elle affirme clairement que les choses peuvent être faites différemment dans notre société que par des politiques radicales ou de droite, mais souligne explicitement que cela doit être fait principalement au niveau local et par étapes.

Christijn a répondu par des exemples concrets d’actions locales (prévues), soulignant l’importance d’élargir la lutte sociale, y compris au niveau parlementaire, de faire appel à la créativité des personnes et des associations et de se concentrer sur la diversité du public cible, sans oublier les réfugiés.

Des actions clé de la campagne ‘Het Groot verzet’  (la Grande résistance) : de grandes manifestations, les « actions triangle rouge » (par analogie avec le triangle rouge que certains groupes devaient arborer sous le régime nazi parce qu’ils sortaient des normes sociales dominantes) et le recrutement de « résistants », c’est-à-dire de personnes prêtes à agir contre la menace de l’extrémisme. Entre autres, une grande manifestation anti-discrimination aura lieu le 24 mars prochain à Bruxelles-Central. L’appel est donc aussi : soyez tous là !

Finalement, le livre de Marijke PersooneWiens belang‘ (l’intérêt de qui?) a été présenté, il donne un aperçu clair de certains thèmes clés du programme du parti Vlaams Belang, qui prétend défendre les gens comme vous et moi.  Vous trouverez des informations sur « l’État-providence », qui rédige le programme du parti, qu’est-ce que le « solidarisme », quelles sont les conséquences pour la société civile, etc. Quelles sont les conséquences pour la société civile ? Dans son livre, Persoone propose également de véritables alternatives sociales et donne des exemples de petits actes de résistance. . Il s’agit donc également d’une source d’information pour ceux qui souhaitent participer au débat sur l’extrême droite.

Pour conclure la réunion, une soupe chaude et un repas de pain ont été offerts, ce qui a été très apprécié par toutes les personnes présentes, d’autant plus qu’il ne faisait pas très chaud dans l’église. Encore un grand merci à tous ceux qui ont contribué, tant sur le plan du contenu que sur le plan pratique, à la réussite de cette rencontre !