Pour une ville qui ne laisse personne de côté

Cher Bruxellois,

C’ est avec une inquiétude croissante que nous, plusieurs organisations bruxelloises qui s’ inspirent de l’Évangile, constatons que la solidarité est de plus en plus souvent présentée comme ayant des limites fixes et inévitables. Comme s’ il était fatal que tout le monde ne soit pas aidé, que certaines personnes soient laissées pour compte et que nous devrions l’ accepter.
Cette façon de penser ne reste pas abstraite. Elle se traduit aujourd’hui par de rudes réalités où des personnes sont littéralement laissées pour compte. À Bruxelles, des personnes dorment dans la rue parce que l’accueil n’ est plus une certitude, parce qu’il n’y aurait « pas de place ». Ce n’est pas une loi de la nature, mais le résultat de choix.

Pour lire la suite de la lettre, vous pouvez cliquez ici

© Photos prises par Amnesty devant House of Compassion.

« La Compassion est une responsabilité »

Intervention de Natacha Mugisi Tchitembo lors du weekend Action et Contemplation organisé par House of Compassion au Rock-in-Squat.

Chers membres de House of Compassion,
Chers participants,
Chers frères et sœurs,
Je vous remercie pour l’invitation qui m’est faite aujourd’hui.
Votre institution porte un nom fort : House of Compassion,
Une maison, et une compassion.
Deux mots qui, pour nous, femmes sans papiers, ne sont pas des concepts, mais des besoins vitaux.

Dans la tradition chrétienne, la compassion n’est pas une émotion, c’est une responsabilité.
Aujourd’hui, je viens vous parler au nom du Comité des Femmes sans-papiers dont je suis l’une des porte-paroles,
Au nom du collectif L’Écho de la Voix dont je suis la fondatrice,
Au nom de l’occupation La Grâce Divine dont je suis l’initiatrice du projet et la coordinatrice,
Et de toutes celles que l’on ne voit pas, mais que Dieu, lui, n’a jamais cessé de voir.

La réalité vécue des femmes sans-papiers :
Une question de dignité humaine
L’Église nous rappelle que
toute personne est créée à l’image de Dieu.
Et pourtant, dans nos sociétés,
des femmes et des enfants vivent sans reconnaissance,
sans sécurité,
sans droits.

Être une femme sans-papiers,
c’est vivre dans la peur quotidienne :
peur du contrôle,
peur de la dénonciation,
peur de l’expulsion.

Socialement,
nous travaillons souvent dans des secteurs essentiels,
mais invisibles :
le soin, le nettoyage, l’accompagnement.

Culturellement,
nous sommes réduites au silence.
Nos voix ne sont pas jugées légitimes.

Politiquement,
nous sommes absentes des espaces de décision,
alors même que les décisions nous affectent directement.

Cette réalité n’est pas seulement sociale.
Elle est morale.
Elle est spirituelle.

La parole comme chemin de libération
Dans la Bible,
Dieu commence toujours par entendre le cri.
« J’ai vu la misère de mon peuple,
J’ai entendu son cri. »
(Exode 3,7)

Nous aussi, nous avons crié.
Mais longtemps, personne n’écoutait.
C’est pourquoi nous avons choisi de prendre la parole collectivement.
La parole est devenue pour nous un acte de libération,
un acte de foi,
un acte de résistance non violente.

Les Invisibles :
Quand le chant devient prière et protestation
C’est ainsi qu’est née la chorale du Comité :
Les Invisibles

Dans la tradition chrétienne,
le chant est une prière.
Mais c’est aussi une proclamation.
Nos chants sont des psaumes contemporains.
Ils parlent de l’exil,
de l’attente,
de l’espérance.

Quand nous chantons dans l’espace public, nous faisons ce que faisaient les prophètes : nous rappelons à la société ses responsabilités.

L’art et la conscience : la candidature sans-papiers
Notre chemin a croisé celui de l’artiste Anna Rispoli.
Avec elle,
nous avons participé à une action forte :
la candidature symbolique
d’une femme sans-papiers
dont j’incarnais le rôle
« La bourgmestre de la vingtième commune » lors des élections communales.

Cette action posait une question profondément éthique :
Peut-on parler de justice lorsqu’une partie de la population n’a aucune voix politique ?

Ce geste artistique a ouvert un espace de réflexion,
non pas contre les institutions,
mais pour réveiller les consciences.

Nous avons également écrit un mémorandum dans lequel vous pouvez retrouver nos différentes revendications.

Une maison pour les femmes et les enfants : La Grâce Divine
Dans ma tradition chrétienne,
la maison est un lieu sacré.

Face à la précarité des femmes du Comité
et de leurs enfants,
est née l’idée de créer un espace d’accueil, de sécurité et de reconstruction.
C’est ainsi qu’a vu le jour La Grâce Divine.

Ce nom exprime notre conviction profonde :
la dignité ne se mérite pas,
elle est donnée par Dieu.

L’Écho de la Voix : Faire résonner l’Invisible dans les institutions
Le collectif L’Écho de la Voix est né pour que nos paroles ne restent pas enfermées.
Un écho,
c’est une voix qui traverse les murs.

C’est dans cet esprit que nous avons
rencontré sept bourgmestres,
non pas dans une logique de confrontation,
mais de dialogue responsable.

Nous leur avons présenté un projet clair :
– le besoin d’un bâtiment,
– un lieu digne,
– un espace d’humanité partagée.

Conclusion
Un appel à la compassion active
Je terminerai par un appel.
La compassion n’est pas seulement un sentiment.
C’est un engagement.

Aujourd’hui,
nous ne demandons pas à l’Église de parler à notre place.
Nous demandons qu’elle marche avec nous.

Parce que chaque femme invisible est une sœur.
Parce que chaque enfant sans sécurité est un enfant de Dieu.

Nous sommes là.
Nous existons.
Et nous continuerons à faire entendre l’écho de la voix.

Je vous remercie.

Photo de la chorale du comité des femmes sans-papiers lors de la clôture des journées de réflexion « action et contemplation » organisée par House of Compassion le 9 et 10 janvier 2026 à Rock-in-Squat

Invitation Presse : Bruxelles accueille une délégation palestinienne pour la Cérémonie de la Lumière de la Paix

Invitation Presse : Bruxelles accueille une délégation palestinienne pour la Cérémonie de la Lumière de la Paix

Le mercredi 10 décembre, Bruxelles sera à nouveau le cadre de la traditionnelle Cérémonie de la Lumière de la Paix, un moment symbolique où la lumière de Bethléem — symbole universel de paix et de fraternité — est accueillie dans la capitale.

« La Lumière de la Paix dépasse les frontières et rassemble les gens », explique Bénédicte Kusendila (Pax Christi Vlaanderen). « Cette année, nous donnons explicitement la parole à des voix palestiniennes et judéo-israéliennes, qui s’écoutent dans un esprit de paix. »

Cette édition revêt un caractère particulier : l’organisation accueille deux militants palestiniens pour la paix venus de Bethléem. Il s’agit de Roger Salameh de l’Arab Educational Institute et de Zoughbi Alzoughbi du Wi’am Centre, un centre de médiation et de réconciliation.

La cérémonie est organisée par Pax Christi Vlaanderen, House of Compassion et Vredeslicht Belgique, et prend à Bruxelles une dimension particulière grâce à la présence des deux militants palestiniens :

  • Roger Salameh (Arab Educational Institute)
  • Zoughbi Alzoughbi (Wi’am Centre de médiation et de réconciliation)

Ils partageront des témoignages personnels sur la vie en Cisjordanie et sur la situation humanitaire à Gaza. En tant que chrétiens palestiniens engagés pour la paix, ils soulignent l’importance du dialogue, de la médiation et de la réconciliation locale.

La délégation sera en Belgique du 8 au 17 décembre 2025 pour une série de rencontres, dont la cérémonie bruxelloise constitue l’un des moments forts.

Moment presse à Bruxelles Les journalistes bruxellois auront l’occasion d’interviewer les militants et d’assister ensuite à la cérémonie.

📅 Mercredi 10 décembre ⏰ 14h30 – 16h30 📍 Place du Béguinage, 1000 Bruxelles

Pour toute question ou pour un entretien avec les militants palestiniens, vous pouvez contacter Annemarie Gielen, experte Israël-Palestine chez Pax Christi et porte-parole de la Coalition anversoise pour la Palestine (0485 54 59 58 – Annemarie@paxchristi.be).

Pax Christi Vlaanderen est un mouvement de paix engagé pour un monde juste et sûr, pour tous.

Message de Noël du père Daniel Alliët

On ne met pas un enfant à la rue. Point !!!

Pendant que j’écris ceci, cette phrase est bien visible sur la pancarte que la “Géante de la Dignité des Personnes Sans Séjour Légal” tient devant elle à House of Compassion (alias l’église du Béguinage). Et cela à côté de trois tentes où vivent des familles avec au total huit* enfants… mis à la rue par la nouvelle loi du 01/08/2025 qui stipule que ceux qui ont déjà obtenu l’asile ailleurs ne peuvent plus être accueillis ici, même pas durant une procédure de demande d’asile… pas même s’ils viennent de Grèce, pas même quand on sait que l’État belge a déjà été condamné des dizaines de fois pour avoir renvoyé des personnes vers la Grèce et ses conditions d’accueil indignes. On se dit fier d’avoir signé la Convention relative aux droits de l’enfant, mais on refuse d’appliquer les décisions des juges qui interdisent de renvoyer ces enfants/familles vers la Grèce… Un peu comme cette politicienne qui déclarait dans l’émission De Afspraak que nous, pays occidentaux, ne devrions pas être trop modestes, mais même fiers d’avoir voté en 1948 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme… sans se rappeler que tous ces pays occidentaux qui avaient encore des colonies à l’époque ont continué, après 1948, à dépenser des milliards pour les garder le plus longtemps possible (au nom des… Droits de l’Homme ?), et que certaines puissances coloniales ont encore tué des milliers de personnes (cf. les Pays-Bas : 300 000 morts ; et à Paris, le 17 octobre 1961, 100 Algériens protestataires jetés dans la Seine).


Photo Geneviève Frère : Début de l’action « Pas d’enfants dans la rue. Point ! » à House of Compassion

Il y a quelques années, nous avons protesté pendant de longs mois avec la pancarte : « On n’enferme pas un enfant. Point. », jusqu’à ce que cela cesse. Aujourd’hui, il faut le slogan : « On ne met pas un enfant à la rue. »… Question de “progrès” (sic) ?… sur la pente glissante de la politique migratoire ?!? Autrefois, il y avait les matchs de football passionnés Belgique–Pays-Bas, pour marquer le plus de buts. Aujourd’hui, c’est la concurrence Belgique–Pays-Bas en matière de politique migratoire… pour obtenir le plus mauvais score… et ainsi dire au monde/aux candidats réfugiés : non, ici vous n’êtes pas les bienvenus.

Mais en réalité, il n’a pas fallu attendre cette nouvelle loi du 1er août pour voir des enfants à la rue. Dans De Standaard du 13/11/2025, on pouvait lire : durant les dix mois et demi de 2025, 150 bébés ont déjà été accueillis par Samusocial, et entre le 1/9 et le 12/11/2025, Samusocial a dû mettre 2 164 personnes (soit 613 familles) à la rue faute de place ; début septembre, même une famille avec un bébé de 18 mois, et une autre semaine de septembre, 100 personnes sans hébergement (dont 30 enfants !). « Dans un État-providence, on ne peut quand même pas accepter que des mères avec de jeunes enfants et même des bébés se retrouvent à la rue », dit la directrice Sarah de Limanchine… mais CELA ARRIVE bel et bien ! Et ce même mois, le gouvernement fédéral a annoncé qu’avec sa politique d’austérité, il ne participerait plus au financement de l’accueil hivernal dans les grandes villes, laissant Bruxelles devoir s’en sortir sans cette aide… y compris pour de nombreux “réfugiés intérieurs/pauvres” venant de l’intérieur du pays et échouant dans les rues de Bruxelles.

Nous fêtons Noël… un enfant/une famille à la rue. Et nous jurons, en quelque sorte : cela ne peut pas arriver, à Noël un enfant/une famille à la rue. Non, cela ne peut pas, cela ne doit jamais arriver : une famille à la rue, même en dehors de Noël. MERCI pour ce que vous faites afin que cela ne doive pas se produire.

Un Joyeux Noël et une Bonne Année 2026

Daniel Alliet

*3 enfants de moins de 10 ans sont encore aujourd’hui à House of Compassion, nous espérons toujours pour eux une place dans un centre


Photo : Geneviève Frère : Opération « sac de couchage » devant le Palais de Justice avec Amnesty, Vluchtelingwerk Vlaanderen, Plateforme Bel Refugee et House of Compassion (ainsi que la participation des membres de la Paulusgemeenschap).